Fêtes de Cour et comédie ballet (I) : L' Age d'or de la comédie ballet

Publié le 16 décembre 2009
Représentation de Louis XIV dans Le Ballet de la nuit (1653)
Louis XIV dans Le Ballet de la nuit (1653)
 
Conçue par Molière à Vaux le Vicomte, puis pour la Cour au Louvre ou à Versailles, la comédie ballet est un spectacle où s'entremêlent la danse, le théâtre, la musique : passages joués de la comédie, -farces ou satires-, alternent avec ceux chantés et dansés.
 
Le Roi, la Cour, le divertissement

Lever de rideau sur le parcours découverte des divertissements, de la comédie ballet. Lectrices, telles La Montespan, ôtez vos plus ravissants pendants d'oreilles pour rejoindre le roi. Comment en effet ne pas évoquer la figure de Louis XIV, homme de goût, animé par la passion des arts, particulièrement de la musique, comme l'exposition en cours à Versailles le rappelle ? Danseur émérite, Louis prend part aux ballets (p.19), et l'élite cultivée, pétrie de mythologie et de symbolisme, danse autour de l'astre solaire. Aux gavottes, allemandes, courantes viennent s'ajouter sarabandes, gigues et autres passacaille ou chaconnes. Qui ne se souvient des premiers pas de Louis, âgé de 15 ans, éblouissant Apollon lors du Ballet de la nuit en 1653, source d'inspiration du film de Gérard Corbiau Le roi danse. Tout est prétexte pour le roi a un éventail de divertissements : ballets, bal, concerts, théâtre mais aussi chasses, collations, jeux équestres, carrousels, courses de bague. Toute occasion est à saisir : citons le fameux Carrousel de 1662 dans la cour des Tuileries pour la naissance du Dauphin (p. 20). La cour et ses attraits séduisent une France meurtrie par la Fronde. Le roi souhaite d'une part satisfaire son goût et d'autre part asseoir sa politique et faire rayonner le prestige de la France en Europe. Pour cela, il s'entoure d'artistes de renom.

Molière, fournisseur attitré de divertissements

Avec Molière, s'inaugure en France ce nouveau genre qui participe de tous les plaisirs royaux : la comédie-ballet.

Le Soleil est au rendez-vous de toutes les fêtes, prêtant grand soin aux préparatifs. Dès 1664, les festivités costumées des Plaisirs de l'Ile enchantée, organisées en plein air dans les jardin de Versailles, dureront quatorze jours. Trois jours mémorables verront se succéder La Princesse d'Elide, comédie à divertissement, puis les premières représentations de TartuffeLes Fâcheux, Le Mariage forcé. Ainsi s'ouvre la collaboration que l'on sait fructueuse entre Molière et Lully, compositeur du roi, auquel se joint Beauchamps, maître de ballet. Durant l'été 1668 et l'été 1674 brilleront de nouvelles créations à Versailles, à l'occasion des victoires militaires du roi. Créées pour l'occasion, des salles de verdure éphémères accueillent jeux d'eaux et fontaines. Le Roi apprécie les jeux hydrauliques développés par Le Nôtre et ses artificiers d'eau florentins : art et science se rencontrent, et la magie des grandes eaux se révèle, agrémentant le succès de la fête (Cf. système hydraulique de Versailles).

1674, six jours de délices : Alceste, opéra de Lully sur un livret de Quinault résonne dans la Cour de marbre, Iphigénie de Racine à l'Orangerie, enfin, tant attendu, Le Malade Imaginaire (p. 29 à 34), satire de la médecine, fruit de la collaboration de Molière et de Marc-Antoine Charpentier. Le mariage de 1664 entre Molière et Lully, forcé ou non par le roi, prenait fin en 1672. Pendant ces années, la musique de Lully, plus chorégraphique que symphonique, où tout est suggestion, se sera accordée au texte de Molière. Ses intermèdes apparaissent comme de véritables prolongements à l'action . L'air fameux de la cérémonie du Grand Turc du Bourgeois Gentilhomme (créé à Chambord en 1670), en donne l'illustration. L'histoire et la description musicale de cette composition sont à retrouver sur le site de la Cité de la musique. La collaboration Molière - Marc-Antoine Charpentier débute dès 1672 avec la reprise du Mariage Forcé.. D'une écriture musicale très personnelle, en rupture avec Lully, ce dernier s'illustre brillamment dans les pièces de divertissements. Il se révèle dans les intermèdes, comme ceux des comédies ballets où il joue sur l'alternance entre pièces jouées et chantées. C'est ce que nous invite à découvrir le site consacré à ce musicien.

Décor et costumes
La comédie ballet unit dans un même geste musique, danse et chant, mais aussi peinture des décors et machinerie. A ce titre, il sera intéressant de consulter les dépenses engagées pour les frais de production, comme pour la reprise du Malade imaginaire en 1673 au Palais-Royal.

Embrasement de décor, feux d'artifice, spectacles pyrotechniques marquent également les journées de 1674. Avec des orchestrateurs comme l'ingénieur Vigarini ou le peintre Le Brun en personne, on envoûte et enchante. Techniquement, Molière innove, utilisant ce qui était d'usage pour le tragédie lyrique et l'opéra italien. Décor volumineux, de carton et de verdure, jardins et palais (p. 21-22). On s'accordera enfin un détour sur le rôle du costume et du vêtement dans l'œuvre de Molière. Le truchement par l'habit est au cœur du schéma dramatique de l'œuvre moliéresque, comme l'analyse finement le document de l'Odéon consacré au Malade imaginaire. (p. 35-36). Le travestissement est aussi signe du roi en représentation : au gré des fêtes, habits et costumes varient, selon que l'on soit danseur ou cavalier. Le vêtement, épousant les figures obligées du souverain, est révélateur de l'image à donner. On pourra consulter l'article La garde robe du comédien, extrait du dossier réalisé par la BNF autour de Rouge, exposition consacrée à Christian Lacroix.

 

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