Le Mash-Up, une pratique nouvelle ?

Publié le 24 octobre 2013
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QU’EST-CE QUE LE MASH-UP ?

Le mash-up peut être défini comme une « composition faite d’éléments hétérogènes, qui constitue une œuvre originale », ou encore « un assemblage, au moyen d’outils numériques, d’éléments visuels ou sonores provenant de différentes sources ». Cette pratique artistique est facilitée par les possibilités de reproduction, découpage, modification, collage qu’offrent les outils numériques et connaît aujourd’hui un essor remarquable.

Elle s’est développée tout d’abord dans le domaine de la musique avec le Sample ou l’échantillon (« Un échantillon ou un sample est un extrait de musique ou un son réutilisé dans une nouvelle composition musicale, souvent joué en boucle. L’extrait original peut être une note, un motif musical ou sonore quelconque. Il peut être original ou réutilisé en dehors de son contexte d’origine », source Wikipédia), avant de trouver son essor dans le secteur de la vidéo.

Le mash-up vidéo se développe à partir de clip vidéo ou de bandes annonces. Il s’agit de poser une bande-son (musique ou voix) sur les images d’une autre bande annonce, dont le style, l’ambiance, le rythme, sont souvent totalement différents, créant ainsi une nouvelle bande annonce, la plupart du temps décalée et drôle. Pour découvrir une série d’exemples en images, parcourez les articles d'Astrid Girardeau sur écrans.fr.)

En 2001 déjà, Ouananiche (Cédric Chabuel) avait réalisé un film « mash-up » exposant L’Odyssée du sample, qui montre que l’origine du mash-up est bien liée à l’apparition des technologies numériques, d’abord dans la musique, puis dans les images. Ce film est disponible sur le site du Mashup Film Festival, organisé chaque année, depuis 3 ans, par le Forum des Images.

UNE PRATIQUE NOUVELLE ?
Si cette pratique s’est véritablement développée depuis quelques années avec le développement des outils numériques et la disponibilité croissante des contenus sur Internet, elle ne peut pourtant être considérée comme totalement nouvelle. On peut en effet penser que cette pratique s’inscrit dans la continuité des collages pratiqués par de nombreux artistes célèbres dans le domaine des arts plastiques, du cinéma, de la musique, de la littérature, de la photographie ou encore de la bande dessinée. Quand on parle de mash-up, on parle de détournement, d’emprunt, de collage, d’assemblage, de parodie, de reprise, etc.

QUELQUES EXEMPLES JALONNENT LE XXE SIÈCLE

Dans le domaine des arts plastiques :
Collage cubiste (Braque et Picasso), papiers collés dadaïstes (Raoul Haussman, Kurt Schwitters), collage surréaliste (Max Ernst), Rauschenberg…, le Centre Culturel Colombier à Rennes, revient sur la naissance du collage. Dans son dossier pédagogique sur Rauschenberg, le Centre Pompidou s'intéresse à la parodie, à la reprise, à la citation :

« La parodie est une des formes que prend en art le procédé plus général de la reprise. Si la reprise et la citation caractérisent le postmodernisme des années quatre-vingts, la tabula rasa, la toile vierge de toute référence n’a jamais existé. Même dans les ruptures les plus retentissantes, la référence aux maîtres se fait sentir. Cézanne se réfère à Poussin, Picasso à Vélasquez ou à Delacroix, Manet lui-même dans Olympia (1863), œuvre de rupture s’il en est, n’avait pas oublié la Vénus d’Urbin de Titien ni la Maja nue de Goya. »

Dans le domaine du cinéma :
De nombreux cinéastes ont pratiqué, et pratiquent encore, le collage d’images « récupérées » ou détournées. Pour Eric Verhnes, interrogé dans l'Odyssée du Sample, « Etienne-Jules Marey faisait déjà du sample ». Il décomposait, découpait, collait… Le « found footage » (littéralement « métrage trouvé ») est un courant important du cinéma expérimental, qui consiste à récupérer des pellicules impressionnées dans le but d’enregistrer un autre film. (Pour approfondir, consulter la cartographie du Found Footage réalisée par Nicole Brenez)
Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard, débutée en 1988 et terminée en 1998 et qui tente de faire une histoire cinématographique du cinéma, est en grande partie composé de citations visuelles de films : un véritable mash-up, très connu des cinéphiles !

Dans le domaine de la musique
L’exposition de la Cité de la Musique "Gainsbourg 2008" a mis en avant la modernité du travail de Serge Gainsbourg sur la musique, les mots et les images.

« Il jouait avec les mots et les références, empruntait tant à la culture classique que populaire, décalait, transformait, arrangeait, inventant ainsi une nouvelle forme de composition faite de montages et de collages. Sampling, mixage, remixage, emprunt, citation, autocitation et détournement prédominent et préfigurent les images et les sons de la culture d’aujourd’hui. »

Dans le domaine de la littérature
Dans le domaine de la littérature, cette pratique de « découpage »/ « collage » existait déjà dans l'Antiquité tardive. On parlait de Centon : « œuvre littéraire constituée d'éléments repris à une ou plusieurs autres, et réarrangés de manière à former un texte différent. […] Le genre a été très pratiqué durant l'Antiquité tardive, au Moyen Âge et au XVIIe siècle. Les œuvres d'Homère et de Virgile ont été les plus fréquemment utilisées. » (Source Wikipédia)

Dans le domaine de la poésie, mais également de la photographie et de son détournement, on pense à Jacques Prévert :

« Les mises en scène imaginées par certains photographes dévoilent parfois un Prévert méconnu ; mais c’est sans doute dans ses collages en forme d’autoportrait que Prévert se révèle le plus. Complice, Jacques Prévert l’était jusque dans les mises en scène : « le voilà transformé en Dieu Pan par Gilles Ehrmann ou photographié devant un magasin de lingerie par son ami Doisneau... Prévert se prête joyeusement à ces représentations, dévoilant les multiples facettes de sa personnalité et de celles de ses portraitistes – sans jamais pourtant se ressembler totalement trait pour trait. C’est sans doute pour reprendre possession de son image que Prévert a régulièrement détourné ses portraits argentiques. Plutôt que de sacraliser les tirages offerts par ses amis photographes, il préfère s’autoproclamer leur collaborateur et s’amuser avec eux. Il découpe, détourne, ordonne, ajoute quelques oiseaux, dessine une fleur ou une étoile. Voilà l’image finalisée, prête à rejoindre son destinataire, qui reconnaîtra sans doute dans ce collage tout le portrait de Prévert. »

Dossier pédagogique de l'exposition "Les mystères de la chambre noire, Jacques Prévert et la photographie", maison Jacques Prévert d'Omonille-la-Petite.

Dans le domaine de la bande dessinée
C'est également en lisant certaines bande dessinées que l'on comprend l'intensité parodique que peut avoir l'utilisation du mash-up. Et c'est ce qu'a très bien montré l'exposition « Parodies, la bande dessinée au second degré », de la Cité internationale de la Bande dessinée d'Angoulême en 2011. On peut citer Thierry Groensteen, commissaire de l'exposition :

« Dans tous les domaines de l’art, le recyclage et le détournement des modèles sont aujourd’hui monnaie courante. Désormais, sitôt qu’un thème, une œuvre, un personnage gagne en surface dans le paysage culturel, il se décline à la fois sur le mode sérieux et sur le mode ludique ou satirique. Les fans eux-mêmes s’en emparent pour communier dans leur passion à travers l’hommage parodique, notamment sur Internet. La parodie, indiscutablement, est en phase avec une culture de masse diffusant et imposant des références partagées par tous. » « Les membres de l’Ouvroir de bande dessinée potentielle (Oubapo) se sont eux aussi adonnés à ce qu’ils appellent des exercices de « substitution verbale ». L’un d’eux, François Ayroles, a par exemple remplacé les textes de la plus célèbre page de Little Nemo in Slumberland (celle du lit qui marche) par un extrait de la Traumdeutung, de Freud, dont les réflexions sur le rêve tombent très à propos. Il a aussi remplacé les dialogues des premières pages d’un album de Michel Vaillant par des réflexions des personnages sur la manière dont ils sont dessinés et mis en scène, transformant ainsi une bande dessinée d’aventures classique en méta-BD jubilatoire. »

 

 

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