Repères chronologiques pour l'art des jardins

  ANTIQUITé


mésopotamie
Dès le début du troisième millénaire av. J.-C.
Gilgamash, roi d’Uruk, se glorifie des vergers et des jardins dans les palais et les temples de sa cité.

Vers 2 000 av. J.-C.
Les premiers jardins publics sont attestés  en Assyrie.

605-562 av. J.-C.
Les plus célèbres jardins de l’Antiquité demeurent ceux de Babylone aménagés par le roi Nabuchodonosor II et considérés comme l’une des Sept Merveilles du monde.
égypte

Dès 2 600 av. J.-C.

Les jardins égyptiens sont connus grâce à des témoignages picturaux  découverts dans des tombes, ce sont des jardins d’utilité et d’agrément, de forme régulière, protégés du sable et des crues du Nil par de hauts murs et accueillant un bassin en leur centre. Les jardins aménagés sous les Ptolémées à Alexandrie auront une certaine influence sur les jardins romains.


Grèce

Dès le IVe s av. J.-C.
La présence de jardins y est attestée. Les Grecs ont inventé la notion de Bois sacré, lieu naturel non entretenu par l’homme, consacré à un dieu ou à un héros. Les Grecs ont utilisé les potentiels des paysages, développant ainsi le « genius loci », simples lieux ombagés destinés aux réunions et à l’enseignement (Académie de Platon et Lycée d’Aristote).
Rome

À l’origine, les jardins sont composés d’un potager et de vergers ainsi que le montre le traité de Marcus Porcus Cato, De agri cultura.

Au Ier s. av. J.-C.
Les écrits de Varro, Pline l’Ancien, Columelle ou Virgile décrivent des maisons de campagne, des « villas » où les jardins d’agrément sont sophistiqués, comme à Pompei ou Herculanum, et à la villa Hadriana à Tivoli, que l’empereur Hadrien fait aménager entre 118 et 134 ap. J.-C.

perse

Vers 546 av. J.-C.
Les « paradis », jardins clos de Perse, réalisés sur le modèle du jardin du roi Cyrus à Pasargades étaient des jardins d’agrément réguliers composés de quatre parties organisées autour de canaux en forme de croix comme le montrent les miniatures persanes. Ils auront une influence sur les jardins du monde islamique tant en Asie, en Afrique et une partie de l’Europe (Sicile, Andalousie).

 MOYEN AGE


Vers le IVe s.
L’établissement des premières règles monastiques chrétiennes, est à l’origine d’une nouvelle vision du jardin, lieu de contemplation, de purification et de rédemption, l’hortus conclusius, dont un des plus beaux représentant est le jardin de l’abbaye bénédictine de Saint-Gall (Suisse) au IXe s.
Lorsque le château perd peu à peu son caractère défensif, se développe l’hortus déliciarum, jardin paradisiaque, source des plaisirs terrestres comme à Hesdin aménagé vers 1295 par Robert II d’Artois.
En Occident, le Roman de la Rose (1225-1278) aura une grande influence sur les jardins.
Les premiers jardins islamiques en Europe sont aménagés au VIIIe s. au moment de la conquête arabe de l’Espagne et en Sicile vers 880. Les jardins des palais nasrides de l’Alhambra de Grenade sont aménagés vers 1238.
  renaissance


En Italie

Aux XVe et XVIe s., on retient surtout les jardins réguliers en terrasses, souvent œuvres de grands architectes (Alberti, Bramante, Pirro Ligorio, Giulio Romano, Vignole…), où les jeux d’eau et les grottes jouent un rôle important comme dans les villas médicéennes (Castello (1480), Villa Madama (1516-1520), Boboli (1550), Pratolino (1568)) et les villégiatures de grands mécènes et ou de papes (villa d’Este à Tivoli (1550-1572), villa Lante à Bagnaia (1568), ou villa Farnese à Caprarola (1565)).

En France

Le jardin de la Renaissance s’ouvre sur le paysage et utilise les caractéristiques de celui-ci (le relief et l’eau). Jacques Androuet du Cerceau dans Les plus excellents bâtiments de France (1576-1579) publie des vues de jardins réalisés par de célèbres architectes de son époque : Gaillon créé vers 1506, Anet aménagé par Philibert de l’Orme vers 1548, Vallery conçu par Pierre Lescot entre 1550 et 1562 ou le premier jardin des Tuileries vers 1564.

GRAND siècle


en france

Alors que le contexte politique se stabilise sous Henri IV, les progrès techniques et scientifiques en matière de géométrie, d’optique, d’hydraulique, de topographie autorisent de grands changements dans la conception des jardins. L’utilisation de nouveaux instruments de mesure permettent des compositions plus complexes dans lesquelles la perspective et l’anamorphose jouent un rôle essentiel. Le « jardin à la française » est au centre d’un territoire organisé et une représentation du pouvoir.

Dans la première moitié du XVIIe s., la nouvelle classe des financiers se fait aménager des jardins : François Mansart travaille pour Jean de Choisy à Balleroy vers 1630 et René de Longueil à Maisons vers 1642, Fouquet emploie André Le Nôtre à Vaux-le-Vicomte (1652-1661). André Le Nôtre est le jardinier emblématique de ce siècle, Louis XIV fait appel à lui notamment pour Versailles (1662 à 1693) et les Tuileries (1664-1672), ses autres prestigieux clients sont le Grand Condé à Chantilly (1662-1682), Colbert à Sceaux (1673-1691) ou Louvois à Meudon (1679-1681).
En EUrope

Ce modèle français aura une grande diffusion dans toute l’Europe grâce aux traités d’art des jardins de Jacques Boyceau (1638), d’André Mollet (1652) ou de Dézallier d’Argenville (1709).
Il sera adopté par de nombreuses cours :
Pays-Bas (Het Loo)
Autriche (Schönbrunn)
Allemagne (Nymphenburg, Schwetzingen)
Russie (Peterhof)
Espagne (La Granja)

 XVIIIe SIèCLe


En Angleterre

Le climat politique de l’Angleterre ouverte aux idées libérales, la redécouverte de l’Antiquité, grâce à l’archéologie, et de l’Orient, l’influence de la peinture du paysage romain (Poussin, Lorrain) et la diffusion d’œuvres littéraires et poétiques (Addison, Pope, Shenstone) invitent les grands propriétaires ruraux à paysager leurs terres en y installant des fabriques.
Ces domaines deviennent également des lieux d’expérimentations agricoles sous l’influence des physiocrates.

Les paysagistes qui prônent un retour à la nature et à ses matériaux et créent ces parcs pittoresques ou paysagers sont :
William Kent
Charles Bridgeman
Lancelot Brown
Humphrey Repton.

Les principales réalisations sont les parcs de :
Stowe (1730)
Stourhead (1735)
Rousham (1738)
Castle Howard (1740)
Blenheim (1764).

En France

Le changement s’opère en France dans les années 1770 sous l’influence des écrits de Jean-Jacques Rousseau et des tableaux d’Hubert Robert. Les concepteurs Jean-Marie Morel, René-Louis de Girardin, Thomas Blaikie composent des paysages pittoresques ou champêtres en utilisant les caractères du site en le modelant et le plantant de façon à créer des scènes :
Ermenonville (1766-1770)
Désert de Retz (1774-1785)
Bagatelle (1779)
Méréville (1784-1789).

XIXE siècle


Le XIXe s. est le siècle de lhorticulture et du jardin paysager. Les compositions reflètent essentiellement une mise en scène du paysage, sans connotations littéraires ou artistiques : travail des masses végétales, alternance de parties boisées et de prairies, et choix de végétaux exotiques.
Le modèle paysager est adaptable aussi bien à la ville qu’à la campagne, aux petits et aux grands domaines comme le montre le traité de Gabriel Thouin en 1820. Le XIXe s. voit de nombreux progrès en matière de : biologie végétale, introduction et acclimatation de plantes venues de l’étranger (Alexander Von Humboldt et Aimé Bonpland), multiplication et hybridation des végétaux, développement des serres et des jardins d’hiver chauffés (Joseph Paxton, Crystal Palace en 1851).

C’est aussi l’avènement du parc public :
Tiergarten à Berlin par Joseph Lenné en 1819 ;
Birkenhead par Paxton à Liverpool en 1844 ;
Les Promenades de Paris commandées en 1852 par Napoléon III au préfet Haussmann et réalisées par Jean-Charles-Adolphe Alphand, Gabriel Davioud, Jean-Pierre Barillet-Deschamps, et Louis-Sulpice Varé entre 1860 et 1878 ;
Le parc de la Tête d’Or à Lyon en 1856 par Denis et Eugène Bühler ;
Sefton Park à Liverpool par Édouard André entre 1867 et 1872 ;
Central Park à New York par Frederick Law Olmsted en 1873.

À la fin du siècle, on note un retour aux formes régulières dans les créations d’Henri et Achille Duchêne :
Voisins (1903-1906)
Bleinheim (1920)
Vaux-le-Vicomte (1923).


 XXe SIèCLE


Le XXe siècle est celui du fonctionnalisme et de l’éclectisme. Compositions régulières et irrégulières sont associées pour créer des jardins mixtes (Albert Kahn à Boulogne (1895-1910)).
En Angleterre, le « wild garden » est mis à l’honneur par William Robinson et Gertrude Jekyll, dans cet esprit sont créés le Bois des Moutiers à Varengeville (vers 1900) et Sissinghurst (1930).
Les jardins des années 20 et 30 subissent l’influence du cubisme (Gabriel Guevrekian à la villa Noailles à Hyères (1927)), ou de l’art déco dans les créations d’André Véra et de Jean-Claude-Nicolas Forestier.
Les années 1950 à 1970 voient l’apogée des espaces verts, il faut attendre le début des années 1980 pour que des réalisations d’importance voient le jour :
Parc du Sausset (1981-2005) par Michel Corajoud
Parc de la Villette (1982-1993) par Bernard Tschumi
Parc André Citroën (1985-1992) par Alain Provost et Gilles Clément qui invente la notion de jardin planétaire.


  XXIE siècle


Les parcs et les jardins sont des enjeux de société, ils sont publics et créés pour un public urbain, ils témoignent des progrès technologiques notamment en matière d’écologie. Les réalisations reconnues sont la High line de New York, les parcs de Peter Latz dans la Ruhr, l’aménagement des bords du Rhône à Lyon, ou la Costanera Sur à Buenos Aires.

 
Marie-Hélène Bénetière
Historienne des jardins
 

 

recherche

Copyright © Ministère de la Culture et de la Communication - 2012